Monday, May 12, 2008

Un peu d’optimisme dans ce monde de brutes…

Vraiment, merci.

Merci pour vos commentaires, par email ou sur le blog, et pour vos réactions par rapport au prix des céréales et des subventions agricoles de notre Ouest adoré. Vous m’avez aussi tous fait sentir que mon dernier message n’était pas très encourageant. Et depuis que les médias se sont emparés de la flambée des prix, on a l’impression que la situation s’est empirée.

Pourtant, ces deux derniers mois m’ont montré les opportunités du Burkina plutôt qu’inspiré au défaitisme. C’est ce sens d’opportunités que je voudrais partager avec vous. L’intense soleil de mars et avril y est pour quelque chose. Donc c’est en lumière et en image que je partagerai mes commentaires sur ces derniers mois à Bobo et aux alentours.

Les mangues…

Les fleurs sont sorties il y a presque trois mois.

Elles ont fait naitre des petites boules vertes…

Qui ont grossi pour donner des mini mangues…

Qui ont encore grossi…

Qu'il a fallu cueillir...

Et deguster...

La mangue est le fruit le plus exporté du burkina. Si vous avez déjà acheté une mangue au supermarché de votre quartier, et que vous avez eu la chance de tomber sur une qui n’était ni pourrie, ni trop jeune, que vous l’avez délicatement découpée pour déguster sa chair jaune et sucrée, alors vous n’avez même pas griffé la surface, ni effleuré d’une papille l’extase des sens qu’on ressent ici en mangeant les vraies mangues.

Je recommande que vous veniez ici en vacance l’an prochain aux alentours de fin Avril. Manger une seule mangue ici vaut le voyage. Ou alors retournez au supermarché, et exigez les mangues Ouest Africaines. Vous pouvez aussi demander à Alanna plus d’information. Elle vous dira que la mangue représente une opportunité économique énorme pour le Burkina, mais que les petits producteurs profitent justement de cette ressource n’est pas encore gagné.

Le mois d’Avril voit aussi mûrir les anacardes. Ca prend moins de temps que les mangues et la période de récolte est plus courte. Peut être trois semaines maximum.

On voit alors des femmes rentrer en ville portant des pommes de cajou bien rangées sur un plateau, sur leurs têtes (la partie rouge). Les pommes sont très rafraîchissantes et très sucrées. Elles ont un peu le goût des malabars à la fraise. On peut en faire du jus, du vin ou de la liqueur. On peut aussi les manger comme ça. Les amandes sont ramassées par des collecteurs qui les commercialisent à l’export ou pour une transformation locale (~5 à 10% des noix).

Ici je suis à Banfora. J’ai négocié le sac à 10,000 Fcfa (80kg) le 4 avril 2008. C’est du tout venant. Petits, rabougries, belles et rondes. Tout vient ensemble.

Le prix des noix est très fluctuant. Donc les petits commerçants sont souvent tentés de faire de la spéculation.

Une grosse influence sur les prix est la présence des gros acheteurs indiens dans la région. Quand ils sont la, les prix montent car leurs coursiers cherchent la rapidité plutôt que les prix les plus bas. Quand ils s’en vont, le vide de client laisse la place aux petits commerçants, et le prix baisse. Personne ne veut se retrouver avec tous ces sacs sur les bras… Très souvent les producteurs vendent donc au premier venu quelque soit le prix, bien que la récente formation de groupements commence à changer la tendance.

Mars et avril, c’est aussi la période du maraîchage irrigué. On a donc le privilège de toujours trouver des tomates, des laitues, des haricots et des poivrons frais au marché local.

Et la période des fleurs. Je ne peux pas faire justice aux fleurs du Burkina, surtout quand le soleil s’en mêle. Voici donc :

Des fleurs de néré, qui donneront des haricots, dont les graines sont pilées pour faire du soumbala, une épice qu’on utilise dans le riz. C’est magique. Au moment de la floraison, on dirait que quelqu’un est venu accrocher des boules de noël.

Des bougainvilliers. No comment.

Des fleurs bleues dont le nom m’est inconnu.

Le mois d’avril a aussi été le moment de la naissance de nos premiers poussins. 7 d’entre eux, ça fera bientôt 14 cuisses, 14 ailes et des poitrines bien tendres…

A peine sorti de l’œuf. Ses yeux sont encore collés.

Les deux mères poules se partagent la tache de garder les petits.

Finalement, il y a un nouveau venu dans la famille. D’aucuns penseront qu’il s’agit d’un animal sauvage, en fait, c’est une pintade (domestique). Celle-ci est un male unijambiste. Il a perdu une jambe pour avoir marché sur un piège de braconnier en brousse. Il monte un peu la garde, ca nous rassure.

Voila donc pour une note positive. Les possibilités d’entreprenariat ici feraient rêver plus d’un, dont moi. Les conditions extérieures sont importantes, mais selon moi, il est important de se focaliser sur le coté positif et de construire dessus. Pour favoriser ça, je vois deux possibilités :

- S’assurer que nous au nord et à l’ouest soyons un peu moins lâches par rapport a notre compétition internationale sur les produits agricoles. Après tout, c’est le marché libre non ? Chacun devrait avoir sa chance de vendre ses produits si ils coûtent moins cher a produire chez eux.

- S’assurer que ceux qui vivent dans une pauvreté extrême puissent accéder aux services nécessaires a entreprendre, et a se dresser eux même contre leur pauvreté. C’est possible avec une coopération internationale exigeante et rigoureuse. Ca commence par tenir ses engagements au niveau de l’aide bilatérale. (0.7% du PIB), auquel votre gouvernement s’est engagé depuis 1970 devant tous les présidents, premiers ministres du moment, mais n’a jamais respecté.

Sur ce, merci encore une fois pour vos commentaires. J’espère que vous n’hésiterez pas cette fois ci encore.

A bientôt.

Monday, March 3, 2008

Le premier mars a Dedougou

Chers amis,

Le 6 mars c’est la journée nationale d’Ingénieurs Sans Frontières au Canada. Les étudiants membres de l’association sont sortis dans la rue pour organiser des événements d’information à travers leurs villes d’étude. Il s'agissait de rendre le public canadien conscient que leurs choix nationaux affectent des vies dans le monde. Il est donc question de commerce équitable, de subventions agricoles, comme de promouvoir la transparence dans l’attribution de l’aide internationale.

Alanna et moi étions à Dédougou ce weekend. On a dit a quelques personnes ce que faisait les canadiens ce jour là… Ils n’étaient pas peu contents. Voyez pour vous-même…

Plaisanterie à part (c'etait un festival de mask, pas l'euphorie canadienne), savoir que les étudiants canadiens se mobilisent est très important pour le staff d’ISF outremer (en tout cas pour Alanna et moi). Les actions que l’on facilite ici seront sans doute sans issues si les pays comme le Canada ou la France ne changent pas leurs attitudes de citoyen globaux.

Deux exemples concrets. Le PAMER soutient des entrepreneurs dans leurs initiatives de création d’entreprise et d’expansion de leurs activités. L’antenne de Bobo gère son portefeuille de bénéficiaires d’appuis sur une base de donnée.

Une de mes premières activités ici a été de mettre en place une campagne de recensement des raisons de faillite des micros entreprises du portefeuille de l’antenne. En effet, si l’on connaissait bien les chiffres d’affaires des personnes en activités, l’antenne n’était pas à jour dans la capitalisation des raisons de faillites de ses membres.

Parmi les échecs les plus nombreux, il y avait des teinturiers et tisserands de pagnes traditionnels. La raison qu’ils donnaient tous : la concurrence des friperies (les habits d’occasion donnés par nous, qui sont ensuite vendus a prix casés sur le marché local) et l’introduction de pagnes tissés et imprimés en Chine, au Ghana ou en Cote d’Ivoire. Vous avez vu une photo d'un tisserand dans un de mes precedents messages.

Parmi les échecs moins récents, il y avait aussi les fabricants de pâte de tomate. Unanimement, ils avaient échoués car leur activité n’était pas rentable. Pourtant, à Dédougou, pendant la journée ISF, en plus de voir les masques, nous avons rendus visite à un groupement de maraîchers.

Les maraichers de Di. Avez vous remarqué les vetements de fripperie?

Un maraicher qui traite sont champ irrigué de jeunes plans de tomates a Di

Ils produisent des centaines de tonnes de tomates chaque année, et ont perdu une partie de leur récolte cette année par manque de marché de la tomate fraîche. Les tomates ont pourri. A Bobo, si je veux acheter de la pâte de tomate, je n’ai qu’un seul choix, et il vient d’Italie.

Le choix de pate de tomate a Bobo, presente par mon ami Aime

Si vous voulez savoir combien d’euros ou de dollars un kilo de tomate reçoit en subventions dans votre pays, s’il vous plait, demandez a votre élu local. Souvenez vous aussi que c’est lui-même qui représente votre avis sur les subventions agricoles. Demandez lui de faire remonter l’information. Les gens ici ne sont pas pauvres par hasard.

Friday, February 22, 2008

Emeutes, tendances mondiales et pauvreté

Mercredi 20 Février. La soirée a été remarquablement calme à Bobo Dioulasso. Personne ne s’aventure dehors, et les rares lampadaires de la ville sont tous éteints. La journée a été marquée par des manifestations avec casses, affrontements des forces de l’ordre et gaz lacrymogènes. Les jeunes se sont déplacés en bandes, en ne laissant aucun feu de circulation, aucune pancarte, aucun stand commerçant en état. Tout a été saccagé dans la ville. Alors que la radio annonce une journée sans école et sans travail pour demain, j’essaye de faire le point sur les événements de la journée.

La montée soudaine des prix, et l’hypocrisie du gouvernement qui a pointé du doigt les commerçants, ont rassemblés beaucoup de mécontents ce matin en face de la mairie, venus apporter leurs doléances au gouvernement. Ils ont été reçus violemment par la police. Dispersés, ils se sont regroupés en factions et sont rentrés dans leurs quartiers respectifs, en cassant tout sur le passage.

Karim, 25 ans, s’en est donné a cœur joie cet après midi. « Le gouvernement a augmenté les taxes sur le commerce, et renforcé les contrôles à la douane. Celui qui devait payer 30,000 Fcfa pour son commerce l’an passé doit payer 80,000 cette année. Après ça, ils pointent du doigt les commerçants pour avoir augmenté les prix ! » explique-t-il, « Aujourd’hui, je dois payer 130,000 Fcfa pour dédouaner chaque moto que j’importe au Burkina, quand elles valent 250,000 Fcfa à l’achat au Ghana ou au Mali ».

Effectivement. Le prix de l’huile de cuisine a augmenté de 850 à 1050 Fcfa dans les derniers mois. Le riz, le sucre, l’essence et tous les produits de première nécessité ont augmenté. Hier, la radio annonçait une augmentation globale des prix de plus de 60%. Sur mes six mois a Bobo, le coût de la vie a augmenté d’au moins 30%. Les taximan se plaignent aussi. Taxée à 40%, l’essence est à 650 Fcfa le litre (1€), presque aussi chère qu’en France, plus chère qu’au Canada, alors qu’ici, plus d’une personne sur trois vit avec moins de 1 dollar par jour. Les petites dépenses ne sont pas épargnées : le prix de la baguette de pain est passé de 100 à 125 Fcfa en octobre, et aujourd’hui à 130 Fcfa.

La mauvaise saison agricole ne vient pas arranger les choses. « Les gens sont inquiets » explique Aimé, 30 ans « la pluie s’est arrêtée tôt, et avait commencé tard, ne laissant pas au maïs le temps d’arriver à maturité. Aujourd’hui le prix du sac de 100kg de maïs est cher, entre 10,000 et 12,500 Fcfa alors qu’il était d’a peu près 8,000 l’an passé.

D’un autre coté, seulement la moitié des rues de Bobo sont pavées et on ne peut que se rendre compte ici que l’état a désespérément besoin d’argent. Mais les gens ne semblent pas croire en une bonne utilisation des fonds collectés. Lamine, 35 et père de deux enfants, montre son mécontentement : « Pour le lancement officiel d’une petite mairie de province, vous allez voir un cortège de 4x4 de l’état faire le trajet depuis Ouaga [la capitale], au lieu d’envoyer un élu local. Les gens se battent pour avoir accès a des produits moins chers, mais le gouvernement tire des feux d’artifices pour le 20eme anniversaire de la démocratie à la place ».

Après une journée de destruction, on ressent dans les conversations de Bobo la complexité du problème : Comment un gouvernement peut il collecter des taxes dans un pays ou chacun fait pousser une grosse partie de ses propres besoins alimentaires, ou chacun fait tourner sa petite entreprise ou son fond de commerce et ou personne n’a confiance en l’utilisation des fonds publiques ? Comment les plus pauvres de ce pays pourront ils bénéficier des services minimums d’accès aux routes, à l’eau et à l’électricité si l’argent est utilisé a réparer les dégâts, à payer les primes de déplacements ministériels et à tirer des feux d’artifices ? Comment un gouvernement peut il faire face à des tendances telles que le réchauffement climatique, qui raccourcit la saison agricole, ou l’augmentation des prix de l’essence, quand la population est déjà à sa limite ?

Tuesday, February 12, 2008

Les 4x4 blancs, et mon travail au PAMER

Vous le savez bien. Les véhicules de fonction, achetés sur le budget des projets. Les gros 4x4 blancs qui coûtent cher… Hier nous étions de retour de Banfora après une longue journée de travail. Le chauffeur roulait vite, et je ne faisais que très peu attention à la route. Les arbres en fleurs étaient bien plus intéressants. Sur la route, un groupe de trois chèvres traversaient… Une maman chèvre, un petit chevreau et une grande chèvre (male ou femelle, je n’ai pas eu le temps de voir). Alors que les deux adultes ont eu le temps de s’éclipser à temps, le petit est passé sous notre roue avant droite, sous mon siège. Je n’ai eu que le temps de le voir dans le rétroviseur, éjecté sur le bord de la route. Le dîner pour le quartier, a confirmé le chauffeur. On a à peine senti le choc…

Il fallait qu’on le dise. Ces 4x4 quand même, ils ont de très très bons amortisseurs et franchement dit, vu l’état des routes, ils sont assez nécessaires.

En fait, j’avais prévu de vous parler d’un projet de développement, pas de nos accidents de la route même si ceux-ci font plus souvent la une.

Ca fait bientôt six mois que je travaille avec le PAMER, et c’est seulement aujourd’hui que je me sens capable de faire justice à ce projet. Donc, dors et déjà, annonçons la couleur : le PAMER (Projet d’Appuis aux Micro Entreprises Rurales) est un projet impressionnant dans son ensemble.

Conçu en 1997, il est né en 2000 et a mis près de deux ans à apprendre à marcher. Pendant ces deux ans, la tête (UNCP : Union Nationale de Coordination du Projet, basée à Ouagadougou), les bras (Antennes locales, qui incluent mon employeur à Bobo Dioulasso et trois autres à Fada, Dédougou et Tenkodogo – cf. carte ci-contre !), les mains (CE : Conseillers en Entreprises, travaillant sur le terrain – 5 pour la région de l’Ouest), et les doigts (RLP : Rédacteurs Locaux du Projet, un par département au sein de chaque provinces) ont été formés. Le cœur, qui pompe les ressources dans le corps, s’appelle le FIDA (Fond International pour le Développement de l’Agriculture). Le cœur compte aussi sur un pacemaker : la BOAD (Banque Ouest Africaine de Développement) pour faire circuler tout ça vers la tête. Le corps du projet à donc une forme un peu bizarre, comme un enfant de 5 ans dessinerait sa mère.

En 2001 le PAMER a commencé progressivement à appuyer les populations rurales à entreprendre dans deux régions, Ouest et Centre Est, puis dans deux régions supplémentaires à partir de 2004 : La Boucle du Mouhoun et la région de l’Est. Aujourd’hui, l’antenne de Bobo, région de l’Ouest, a assisté ~1070 entrepreneurs et groupements. Le processus d’assistance à la création d’une micro entreprise mis en place par le PAMER et mis en œuvre par les Conseillers en Entreprise et les Cadres de l’antenne régionale est, selon moi, d’une qualité exceptionnel.

Tout commence avec des femmes, des jeunes et des hommes qui soit ne mènent pas formellement d’activité génératrice de revenus, soit qui mènent une activité sans la maîtriser complètement, par exemple, un dame qui ferait du beurre de Karité sans respecter des mesures d’hygiène qui lui permettrait de ventre sur d’autre marchés que son village.

La première étape dans la démarche PAMER s’appelle « Information et Sensibilisation ». Les Conseillers en Entreprise (CE) organisent des séances d’information dans des villages, sous forme de théâtres forums par exemple. Le but est d’expliquer que le PAMER permet aux motivés de se former en gestion d’entreprise, d’acquérir un savoir technique et de recevoir une assistance dans l’écriture d’un dossier de financement à la Caisse Populaire, afin de mener une activité autre que l’agriculture en milieu rural.

La deuxième étape s’appelle « Repérage et Diagnostique ». Les CE rencontrent les intéressés et procède à une évaluation, avec la personne ou le groupe, des acquis et de la motivation.

Safiatou et Djeneba, deux Conseilleres en Entreprise

La troisième étape est le l’élaboration d’un Plan d’Appuis et d’un plan d’affaires pour le développement de la micro entreprise. Le CE identifie les besoins en formation et crée avec l’entrepreneur un plan annuel. Le plan est validé sur le terrain par les cadres de l’antenne régionale (ceux qui se déplacent en 4x4 blancs).

Puis vient l’ « Implémentation » des appuis. Voyages d’études pour aller voir ce qui se fait de mieux dans les pays voisins, formations techniques, formations en comptabilité simplifiée, cadres de concertations avec les autres acteurs d’une même filière. Les formations sont assurées par des Opérateurs Privilégiés qui maîtrise leur sujet. Par exemple, une femme de Orodara pourrait apprendre a faire du savon à partir de beurre de Karité, et ainsi créer un nouveau produit local sur le marché, gagner des sous, et payer l’école pour ses enfants.

Rencontre entre apiculteurs a Sindou.

Après les première formations et la première année d’activité, alors que les nouveaux produits sont fièrement vendus sur le marché, que la personne a acquis les rudiments du management de son business, le CE peut déclarer que la micro entreprise a été dûment crée. Il l’entre dans sa base de données.

Chaque trimestre, le Rédacteur Local du Projet (RLP, les doigts) passe voir les micros entreprises de son département pour faire son suivi. On lui demande son chiffre d’affaire, le nombre de ses employés, et ses besoins en formations. Les informations sont capitalisées et permettent aux cadres de l’antenne régionale d’organiser des ateliers de formation groupés, suivant les besoins. Les CE développement aussi des relations amicales avec beaucoup des micro entreprises, et jouent le rôle de coach pour elles et pour les RLP.

Franck (gauche), CE et toute l'equipe des RLP de la province du Houet

Après quelques années de formation, alors que des crédits ont été obtenus et duement remboursés par la micro entreprise, que les activités vont bon train, que le plan d’affaires à été renouvelé et que la comptabilité est suivie correctement, le Conseiller en Entreprise peut déclarer que la micro entreprise est Autonome. (Le mot fait même plaisir à écrire).

Teinturer traditionnel mais moderne, a Kotedougou. Fier de son travail.

Un commentaire final :

Je trouve les Conseillers en Entreprise très impressionnants. Ils connaissent personnellement une grosse partie des micros entreprises de leurs provinces. Bien sûr, idéalement les CE devraient les connaître toutes. Seulement, il y a un CE pour 220 micros entreprises en moyenne… ça fait beaucoup.

Entendu d’un CE : « Tout est dans le processus [c'est-à-dire Information, Repérage, Plan d’Appuis, Implémentation…]. C’est cette progression qui change la façon de penser et l’attitude d’un individu sur sa propre condition de vie, et qui le rend entrepreneur »

Monday, December 24, 2007

La critique de Noel

Voyage aux pays du coton

Eric Orsenna, de l’Académie française, 2006

Eric Orsenna, nous emmène dans un tour du monde à la toile. Du Mali aux Vosges, en passant par les Etats-Unis, l’Egypte, la Chine et bien d’autre pays mystérieux, ce petit précis de mondialisation nous fait découvrir les coulisses d’une industrie sans mercis, le coton. Orsenna sait garder une position d’explorateur, sans prendre (trop) parti mais en révélant les fils et la trame d’une toile complexe, des fois aberrante. Après avoir lu Orsenna, les chaussettes que vous recevrez à Noël ne seront plus les même…

J’ai trouvé les raisonnements d’Orsenna, et certaines de ses anecdotes de voyage un peu hautaines, certaines fois même naïves, d’où les deux étoiles blanches. Mon jugement est peut être un peu trop dur, pour un livre toute fois bien écris, facile à lire et divertissant.

Voyage aux pays du coton est édité par Fayard.

The Elusive Quest for Growth

William Easterly, 2001 (paperback in 2002)

Incentives: wrong ones, or lack thereof. Easterly gives an outstanding analysis of the development failures since WWII. With the benefit of hindsight, the modesty to include his own mistakes in the analysis, humor and accessible style, he writes about the complex subject of economic growth in the poorest countries. Reading this book gave me “Incentive” lenses for weeks and tools to think critically about the projects I encounter in Burkina. Nicely documented, this eye opening book is a great intermediate between academic paper and entertaining novel. A must read.

My taste for analytical books must be reflected in the grade I gave. It might not be such an easy read for non-nerds. Yet, with multiple practical examples, it is refreshingly accessible for such a hard subject.

The Elusive Quest for Growth is edited by MIT Press.

Madame Bâ

Eric Orsenna, de l’Académie française, 2003

Madame Bâ essaye tant bien que mal de faire rentrer de longues histoires dans de petites cases, sur le formulaire 13-0021. Le formulaire, c’est la clé vers un petit fils enlevé par le football français. A travers sa quête obstinée d’un visa vers la France, Eric Orsenna nous révèle la triste réalité du développement international à la française. Madame Bâ, grand-mère, est un peu la « Forest Gump » des pays d’Afrique de l’Ouest. Traverser avec elle le fil du temps d’une indépendance nouvelle permet de regarder la France depuis l’Afrique. Un paysage pas toujours reluisant.

Ce livre est superbe. Divertissant et touchant, il est aussi fidèle à la réalité, sans maquillage. Les sujets abordés sont toujours d’actualité. Lecture obligatoire.

Madame Bâ est édité par Fayard/Stock.

Future Positive

Michael Edwards, 1999 (first edition) – revised in 2004

International cooperation is not a luxury. It is a necessity, if nations are to live peacefully. In the first part of his book, Edwards looks back. He gives a compelling analysis of past interventions from the north in the south and argues that from humanitarian intervention to large scale projects, the wrong priorities were often set by the wrong people. “Standardization, and an obsession with quick measurable results and size as measures of success, crowds our action on deeper problems” he writes, and concludes that “Consistency, continuity and coherence” is what is needed for better cooperation.

Looking forward, he argues that the solution lies in global governance, brought to life by a new set of globally aware constituencies, basing their language on positives, and facilitating the transition “from donor and recipient to relations between equals.” An appreciable aspect of his book is that it is neither naively optimistic, nor a dooms-day pessimistic. Edwards recognizes that the transition to a cooperating world requires the engagement of each of us, and a difficult compromise from today’s powerful nations. Overall, Future Positive challenges its readers: Is your thinking conventional, or are you ready to engage in something new and better balanced?

Future positive is very well written and well documented. The analyses are clear and the suggestions pragmatic. Yet, because it treats a heavy subject, it is a heavy read. Analytical minds will love this book as much as I did.

Future Positive is edited by Earthscan.

Epilogue ; Ma lampe frontale, ou pourquoi je suis allé a Toussian-bandougou.

Alors que mes pensées sont encore une fois focalisées sur les douleurs de mon arrière train, ma main cherche une nouvelle feuille de rônier sur le sable de la cour à ma droite. Je me demande combien de temps encore pour finir ma deuxième ruche. La nuit est tombée depuis bien quatre heures. J’admire l’ombre dansante du couteau posé à coté de notre lampe à huile. Mon regard se pose sur Moussa. Assis sur son petit banc, il a presque fini sa sixième ruche. Ses mains vont vite. Sa ruche est belle, équilibrée. Il ajuste sa lampe de poche, et se détend le cou au passage. Il a senti mon regard et se tourne vers moi. C’est à ce moment, après cinq soirées passées avec lui, à tisser, que j’ai enfin réalisé. A vrai dire, l’idée m’a d’abord glacé le sang, de honte. J’ai failli ne rien dire. Puis je me suis levé… Rentré dans ma chambre, j’ai fouillé dans mon sac. Elle était bien au fond, roulée en boule. Ma lampe frontale. Je l’ai montrée à Moussa. Il ne savait pas ce que c’était. Je lui ai installé autour de la tête, je l’ai allumée. Il a vite compris et m’a regardé. Ses yeux et son sourire étaient amusés et impressionnés. Il riait un peu de sa propre surprise.

C’est dans ce regard échangé que j’ai compris que Moussa et moi étions amis. Pour une longue seconde, aucun de nous deux ne disait rien. Puis il a enlevé la lampe et me l’a rendue : « Ca va user tes piles, je vais tisser encore longtemps ce soir ». J’ai bien compris. J’ai donc refusé catégoriquement, lui expliquant que les piles allaient durer encore longtemps. Il a réinstallé la lampe sur son front et a recommencé à tisser. De nouveau assis sur mon banc, je me suis senti triste, de voir le montant de travail que Moussa doit fournir chaque jour pour assurer que sa fille puisse aller à l’école dans quelques années. Peut être notre age commun a-t-il contribué à mon sentiment. Ce soir là, la seule chose qui me séparait de Moussa était mon lieu de naissance. En fait, ce sentiment était assez fort pour que je ne puisse pas rester là à regarder Moussa. Je suis donc allé me coucher.

Une fois couché, je repensais à la situation de Moussa. A trente ans, avec sa fille de trois ans, sa fiancée et son père remarié à nourrir, il est agriculteur à temps plein, et apiculteur la nuit. Sa détermination au travail et son esprit entrepreneur m’ont impressionnés. Je me demandais d’où vient son attitude. Sûrement son caractère y est pour beaucoup. La nécessité aussi. Mais il y a autre chose : La relation professionnelle et amicale que lui et Safiatou ont tissée depuis trois ans. Safiatou habite à Orodara, non loin de Toussian-bandougou. Elle est conseillère en entreprise pour le PAMER. En vivant dans le coin, elle connaît tout le monde, et comprend les réalités de vie des gens avec qui elle travaille. Elle a mérité leur confiance et peut adapter ses conseils, son assistance et ses encouragements à chacun d’entre eux.

Pour offrir ce type de service, le PAMER est obligé de faire confiance à ses agents de terrain. De fait, le PAMER s’efforce d’engager les conseillers en entreprise dans la planification même des activités du projet, et s’efforce de répondre à des demandes de formation exprimées par les bénéficiaires eux même.

En rentrant à l’antenne régionale du PAMER de Bobo Dioulasso, après sept jours à Toussian-bandougou, je suis capable de faire des plans qui collent mieux à la réalité de vie de Moussa. Mais plus important encore, j’ai compris que le pouvoir de décision quant aux activités des projets d’aide au développement est mieux utilisé s’il est proche du terrain. De Ouagadougou, de Paris ou de Rome, les plans sont bons en théorie. A Orodara ou à Toussian-bandougou, ils sont bons en pratique.

Tuesday, December 18, 2007

Quatrième jour : l’enterrement

Le jour se lève sur une triste nouvelle. La femme du voisin est morte subitement vers quatre heures du matin, à côté de son mari. Moussa m’explique qu’il va falloir réviser notre programme de la journée. Pas de tissage. A la place nous allons rendre visite à la famille de la défunte et aider à creuser la tombe. Faire autrement serait un affront. « Si tu ne vas pas à l’enterrement des gens de ton village », explique-t-il, « le village ne viendra pas à ton enterrement. »


Moussa met donc ses habits de travail, et je fais de même. Nous avalons le petit déjeuner : du To avec de la sauce arachide. Le To est une pâte cuite faite de maïs ou de mil pillé en farine. La farine est ensuite mélangée à de l’eau et cuite au feu de charbon ou de bois dans une grosse marmite. Il faut remuer fort. Ca donne une pâte gélatineuse ferme et riche que l’on casse en morceaux quand elle est tiède, et que l’on trempe dans la sauce du jour pour la manger. On mange du To matin, midi et soir, sept jours par semaine. C’est bon. On finit par s’habituer.

La cuisine dans laquelle on prepare le Tau

Le repas terminé, nous marchons un quart d’heure jusqu'à la maison du voisin. Il est 6h30 mais déjà une grande assemblée des hommes est assise sur des bancs qui ont été disposés en cercle devant l’entrée de la maison. Les femmes sont à l’intérieur de la cour, elles pleurent bruyamment. Les hommes sont silencieux. On s’assoit parmi eux. Seuls les bruits réguliers de pelle viennent marquer les minutes qui passent.

Moussa me fait signe de l’accompagner vers le trou qui est déjà profond. Deux personnes sont au fond, chacun avec sa grande Daba, creusant ce qui deviendra un caveau de trois mètres par un et demie, profond de deux et demie. Il doit bien y avoir une quarantaine de jeunes qui entourent la tombe. Chacun se relaie pour creuser. Chacun doit participer un peu. C’est le tour de Moussa. On plaisante que le blanc devrait creuser aussi. Je ne refuse pas. On m’explique mon inaptitude à creuser : les blancs ne peuvent pas faire de travail physique. Creuser, c’est difficile, on m’avertit. Je n’insiste pas, on ne me passera donc pas la Daba.